Mary Poppins : le secret de la légèreté

Le cinéma aurait pu arrêter de produire des films en 1964. A peine quarante ans après ses débuts parlant, on avait pratiquement atteint la perfection. A une époque où le cinéma consistait à s’asseoir en une salle obscure et à rêver les yeux grand ouverts, on avait là, avec Mary Poppins, tout ce qu’Hollywood savait faire de mieux.

C’est drôle, c’est bien écrit, c’est magnifiquement réalisé, les acteurs sont formidables (Julie Andrew, David Tomlinson et Dick Van Dyke sont au sommet), les couleurs sont belles, la musique est entrainante. Les seconds rôles sont géniaux : voir le duo Hermione Baddeley dans le rôle de la bonne et Reta Shaw dans celui de la cuisinière. On peine à trouver un défaut (le seul que l’on connait n’est audible qu’en anglais, et s’efface de toute façon devant les savoureuses anecdotes qui l’entourent).

Surtout, et c’est la marque des grands classiques, c’est un film qui parle à toutes les générations. On le voit à cinq ans et on est amusé par le petit chien ; on le revoit à quarante et on est bouleversé par le personnage de George Banks, qui, dans la société edwardienne d’avant guerre est un homme fort seul.

Le thème central ? La gravité, et son remède : la légèreté.

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Les aventures du petit René et de Rabbi Astérix

Nous sommes en 135 de l’ère courante. Toute la province de Judée est occupée par les Romains. Toute ? Non, une dernière forteresse résiste à l’envahisseur. Dans les collines au sud-ouest de Jérusalem, deux cent mille combattants Juifs se sont retranchés à Betar sous le commandement du général Bar Korba. Et, alors que les camps s’installent pour tenir le siège, les guerriers intrépides s’organisent.

L’histoire vous parait familière ?

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Rivalité mimétique et variant omicron

Bientôt deux ans de Corona virus. Deux ans de hauts et de bas, de confinements, de déconfinements, de tests, de vaccins, de promesses, de promesses non-tenues, de frontières qu’on ouvre, de frontières qu’on ferme, de mensonges, de vérités – deux ans d’un bazar sans nom.

Le corona virus est un peu comme une série télé. Chaque nouvel épisode se termine sur un suspense insoutenable. Et de temps en temps, une nouvelle saison arrive. La dernière en date ? Le variant omicron.

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Tout dire, ou ne pas tout dire

Cet été, le JTwitter* francophone a bruissé de mille piaillements au sujet de la liberté d’expression. La raison ? Le retour d’un antisémitisme de base qu’on avait espéré enterré bien loin de nous. Dans les manifestations anti-passe sanitaire, on a vu des pancartes sur le thème de Qui ?, le Q dessiné avec des cornes.

Arthur, pourtant un paragon de modération et de consensus, s’est vu incendié pour avoir donné son avis sur la question, et a reçu des milliers de messages dont certains ne laissaient aucun doute sur la façon dont les auteurs considéraient l’origine de ce dernier.

Les vieux tropes anti-Juifs ressortent, et ne prennent même plus la peine d’enfiler le masque de l’antisionisme. Désormais, on se remet à haïr les Juifs tout court, et on ne se cache plus pour le dire.

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La nuancitude et l’amalgamisme

Il est toujours de bon ton de réclamer de la nuance. Prenez un débat quelconque, laissez-le tourner pendant quelques jours, voyez comment différents arguments émergent. Quelque part dans le forum, vous entendrez très vite quelques voix se plaindre : tout cela manque de nuance. Encore des opinions bien tranchées, alors que les choses sont plus complexes. Qu’il est facile de tout peindre en noir et blanc, etc.

Facile ? Voire.

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Portrait du droitard en pleine lumière

Après avoir énervé la moitié de notre lectorat en publiant un portrait du gauchiste, nous allons, par soucis d’équilibre, énerver l’autre moitié en publiant cette semaine un portrait de son comparse sémantique : le droitard.

Le droitard est un homme en retard. En retard sur son temps et en retard sur l’Histoire. Il considère qu’il n’est pas né à la bonne époque. Si on lui donnait le choix, il aurait préféré que les années soixante ne finissent pas, ou que le Second Empire continuât, ou qu’Henri IV ne fût jamais assassiné, et qu’il eût continué à servir la poule au pot chaque dimanche. Mais là est le paradoxe du droitard : fût-il né à n’importe laquelle de ces époques, il l’aurait détestée tout autant.

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Aventures israéliennes (1) : l’eau

Un dimanche d’août, à 14 heures, j’ai rendez-vous à la compagnie des eaux. Cela fait huit mois que nous avons emménagé dans notre nouvel appartement et nous n’avons toujours pas réussi à mettre le contrat à notre nom.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé : par téléphone (je n’ai jamais réussi à avoir quelqu’un), par l’appli (méandres infinis) ou par le site.

Avant les vacances, une amie a fini par intervenir et a réussi à avoir quelqu’un au téléphone qui lui a expliqué ce qu’on devait faire. J’ai fait les démarches avec le lien envoyé, j’ai ajouté des copies des différents documents nécessaires, je pensais que tout était en ordre.

Las ! Lorsque la nouvelle facture est arrivée, elle était toujours au nom de la propriétaire.

Cette fois j’ai décidé d’aller sur place. J’ai pris rendez-vous sur l’application, j’ai bien expliqué que j’avais mon passe vaccinal, et j’ai pu avoir un rendez-vous immédiatement, mais dans un immédiat quinze jours plus tard, vu que c’est le délai minimum.

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Portrait du gauchiste en pleine lumière

Le gauchiste, comme son comparse antinomique le droitard, est une construction intellectuelle. Il n’a jamais existé, dans l’histoire de France, à l’état chimiquement pur. Ses avatars, en revanche, sont légions.

Arrêtons-nous un instant pour essayer de dresser son portrait.

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Impérialisme et universalisme

Universalisme et impérialisme sont les deux versants d’une même montagne intellectuelle.

La différence ? La personne qui parle. Celui qui veut promouvoir l’idée sous un jour positif dira universalisme. Celui qui veut la critiquer sous un angle polémique dira impérialisme. Dans les deux cas, ils parlent en réalité de la même chose.

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Le sens du sens (va-et-vient linguistique 2)

D’où vient le sens ? Comment se fait-il qu’une série de borborygmes veuille soudain dire quelque chose ? Pourquoi un signifié plutôt que rien ?

C’est en grattant l’étymologie qu’on trouve parfois des explications surprenantes.

L’étymologie permet de plonger dans l’inconscient des langues. Elle permet de remonter vers leur origine, à un moment où le signe n’est pas encore divisé. Les langues anciennes, que l’on pourrait qualifier de traditionnelles, celles qui ne connaissaient pas l’écrit , ont cette capacité que les langues plus récentes semblent avoir perdu : les mots débordent de sens. Ils sont des portes vers des leçons sur la nature du monde qu’il convient d’ouvrir avec précaution.

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