Du peuple et de ses dirigeants

J’avais demandé un jour à l’un de mes maîtres, un rabbin hassidique dont la sagesse n’a d’égal que l’humour, pourquoi les dirigeants étaient de plus en plus médiocre.

Il suffit d’observer les présidents de la cinquième république pour voir la forme que cela prend en France. Je doute fort que l’on regrette dans cinquante ans certains de nos derniers présidents de la même manière que l’on parle de De Gaulle. Un de mes amis, très en haut dans l’échelle de la fonction publique, m’avait un jour confié : il y a des ministres d’aujourd’hui, qui, il y a quarante ans, n’auraient même pas eu le niveau pour être sous-assistants de préfets.

Le rabbin avait fermé les yeux pendant un moment, comme en son habitude lorsqu’il se concentre, et puis il avait hoché la tête en souriant, tout aussi perplexe que moi. Il répondit finalement que c’était une question classique dans le judaïsme. D’un côté on parle de la chute des dirigeants, de l’autre de la montée des générations.

C’est à dire que d’un côté, il est vrai que l’on voit une baisse générale du niveau des dirigeants sur deux mille ans. C’est une donnée évidente du judaïsme, qui considère que l’époque des prophètes est plus grande que l’époque talmudique, qui est plus grande que l’époque des premiers commentateurs, qui est plus grande que l’époque des commentateurs récents, et ainsi de suite.

D’un autre côté, on dit également que notre génération est une très grande génération. Certains vont jusqu’à dire qu’elle est équivalent à celle qui est sortie d’Egypte, autrement dit une génération qui a mérité non seulement d’être délivrée, mais aussi de voir les miracles et d’entendre l’enseignement de Moïse ! Ce qui n’est pas peu dire.

Voilà comment le rabbin m’a expliqué ce paradoxe : les dirigeants sont de moins en moins forts parce que le peuple l’est de plus en plus. Plus la qualité de la génération grandit, moins la qualité des dirigeants est nécessaire. Renversant !

Dit en termes de culture française : plus les individus sont émancipés, moins ils ont besoin de directeurs de conscience. On dit souvent que les gens ont les dirigeants qu’ils méritent en pensant que c’est une critique ; en réalité, c’est une louange !

Il ajouta : c’est le grand défi de notre génération.

Chacun doit devenir le dirigeant de sa propre vie. On ne doit plus chercher un dirigeant en haut qui dirait quoi faire à tout le monde. Chacun doit prendre cela en main à son propre niveau. On croit la tâche facile ; elle est immense.

Je me rend compte en écrivant cela que j’ai oublié de lui demander s’il pensait qu’on y arriverait.

Et si je lui ai demandé, j’ai oublié sa réponse.

Image : c’est une image qui circule souvent, notamment sur les sites Chabad, mais dont je n’ai pas réussi à identifier la source première. Si vous la connaissez, ou si vous êtes l’auteur, contactez-moi pour que je mette le lien à jour.

Publié par Olivier F. Delasalle

Ecrivain. Cosmopolite enraciné. Woody Allen gascon.

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